
Thierry PERRIN
PHOTOGRAPHE PAR PASSION
Exorde
Pratiquant la photographie depuis quelque soixante ans maintenant, on se doute bien que j’ai pris durant ces longues années un très grand nombre de clichés. Ceux que traditionnellement on range dans les albums, et qui fixent la mémoire des événements heureux. Ceux encore qui accompagnent l’activité professionnelle, dont la finalité est purement documentaire.
Et puis, il y a les photos du jardin secret qui témoignent simplement d’un regard touché par l’émotion. Car je me défends d’être un artiste créateur. Mais, comme observateur des beautés de la nature, souvent guidé par ma passion pour la philosophie des sciences, je m’applique à traduire en images les structures sous-jacentes qui participent à l’ordonnancement de la matière. Mes photos ne sont pas des œuvres au sens accoutumé, mais des représentations du Grand Œuvre de la nature, sortes de croquis où la lumière qui traverse l’objectif a remplacé l’encre et la plume.
Toute ma démarche photographique est donc fondée sur la conviction qu’il existe une infinie potentialité indépendante de l’observateur. L’acte de photographier n’étant que la tentative d’isoler une fraction de cette potentialité et de la transposer en une apparence de réalité.
Pour la majorité d’entre elles, mes photos de paysages marins ont été prises depuis les côtes de l’Atlantique et de la Mer du Nord ; tandis que celles des paysages champêtres nous montrent les plaines de Touraine et les plateaux de l’Aveyron.
L’horizon, sorte de séparation entre les parties connaissables et inconnaissables du monde, figure sur nombre de mes images et y tient une part importante. Car, de même que la distance qui sépare deux objets n’est pas une propriété de ces objets, l’horizon n’est-il pas la propriété d’un paysage. Parce qu’elle est variable et subordonnée à la position relative de l’observateur, il s’en déduit que cette ligne virtuelle est, pour bonne part, une construction de l’esprit.
Pour la majorité d’entre elles, mes photos de paysages marins ont été prises depuis les côtes de l’Atlantique et de la Mer du Nord ; tandis que celles des paysages champêtres nous montrent les plaines de Touraine et les plateaux de l’Aveyron.
L’horizon, sorte de séparation entre les parties connaissables et inconnaissables du monde, figure sur nombre de mes images et y tient une part importante. Car, de même que la distance qui sépare deux objets n’est pas une propriété de ces objets, l’horizon n’est-il pas la propriété d’un paysage. Parce qu’elle est variable et subordonnée à la position relative de l’observateur, il s’en déduit que cette ligne virtuelle est, pour bonne part, une construction de l’esprit.
Pour la majorité d’entre elles, mes photos de paysages marins ont été prises depuis les côtes de l’Atlantique et de la Mer du Nord ; tandis que celles des paysages champêtres nous montrent les plaines de Touraine et les plateaux de l’Aveyron.
L’horizon, sorte de séparation entre les parties connaissables et inconnaissables du monde, figure sur nombre de mes images et y tient une part importante. Car, de même que la distance qui sépare deux objets n’est pas une propriété de ces objets, l’horizon n’est-il pas la propriété d’un paysage. Parce qu’elle est variable et subordonnée à la position relative de l’observateur, il s’en déduit que cette ligne virtuelle est, pour bonne part, une construction de l’esprit.
Horizon
Dualisme - Dualité
Ayant postulé en exorde : “une infinie potentialité indépendante de l’observateur”, d’aucuns pourront (à juste raison) imaginer que ma démarche se rattache, d’une certaine manière, au courant philosophique du réalisme.
Toutefois, proposant à l’alinéa Horizon que cette ligne virtuelle qu’est l’horizon “n’est que construction de l’esprit”, ma démarche semble non plus relever du réalisme, mais a contrario d’une forme d’idéalisme.
Sachant bien que les interrogations inhérentes à l’acte de photographier n’ouvrent pas au droit de s’improviser philosophe, je me bornerai à simplement réfuter l’idée de m’être fourvoyé par inadvertance dans la contradiction. Ainsi, comme photographe, le réalisme et l’idéalisme ne m’apparaissent-ils pas comme relevant d’un dualisme inconciliable, mais bien comme les deux aspects d’une dualité interdépendante.
Minimalisme... En quelque sorte
Les paysages choisis pour illustrer ce site n’ont certainement pas la majesté des massifs alpins ou l’ampleur des cascades du parc Yosemite en Sierra Nevada. Ce ne sont qu’humbles plaines de nos contrées ordinaires ou paisibles étendues océanes ; autant de scènes devant lesquelles on passe sans bien les voir tant elles nous sont familières. Et pourtant ! Il suffit de ralentir le pas et de les interroger du regard… La plénitude sereine de leurs propositions ne manquera pas de surprendre l’observateur en apportant à ses interrogations des réponses inattendues.
Oui, mais vos photos sont truquées !
C’est en tout cas ce qu’ont incliné à penser la plupart des “smartphoneurs” venus visiter mes expositions.
En réponse, mon intention ne sera pas de m’ériger en prosélyte d’une prétendue orthodoxie de la photographie ou d’en promouvoir, sous quelque forme, une acception doctrinale. Je souhaite seulement souligner que de toutes les images produites de nos jours, les moins tripatouillées ne sont pas celles que l’on croit.
Il convient ainsi de rappeler qu’à l’ère de l’argentique, bien des photographes (y compris parmi les plus illustres) n’ont pas craint de confier leurs précieux négatifs à des laboratoires spécialisés ; certains de ces photographes ayant même, dans telle ou telle officine, leur tireur attitré (1). Malgré la déferlante numérique, on trouve encore quelques maisons où s’adresser pour commander des tirages de haute qualité. Mais que vienne à un client, par curiosité, l’idée de confier un même négatif à deux laboratoires différents et il obtiendra… Deux tirages différents.
Très beaux l’un et l’autre, mais non strictement identiques.
Cette différence vient du fait que, hormis certaines routines de base, il n’existe pas de procédé universel, immuable et standard pour passer du négatif au positif. À défaut de pouvoir émaner d’un procédé unique, l’aspect de l’image finale sera inévitablement subordonné à l’expérience du tireur qui s’efforcera, avec sa sensibilité, d’interpréter au mieux le substrat qu’on lui a confié.
Libre à chacun de préférer ensuite l’une ou l’autre de ces interprétations selon son goût. Mais avancer que l’une serait plus vraie que l’autre n’a pas de pertinence ; chacune étant l’expression de l’un des multiples champs du possible.
Plus près de nous, le passage au numérique a profondément bousculé les métiers de l’image, mais les étapes entre la prise de vue et l’obtention d’une photo exposable n’ont pas fondamentalement changé.
Le fichier numérique consultable sur écran a remplacé la table lumineuse et la loupe. Cependant, rares sont les fichiers sortant de l’appareil photo qui pourront faire l’économie de quelques retouches avant d’être envoyés à l’impression. Au demeurant ces retouches sont, à bien des égards, comparables par nature à celles pratiquées naguère sous l’agrandisseur… Sauf que la banalisation de la micro-informatique et des logiciels dédiés ont rendu cette étape des interprétations bien moins contraignante qu’elle ne l’était avec les anciens procédés.
De nos jours, ce sont quelque 40.000 images qui sont prises à chaque seconde dans le monde à l’aide de smartphones. Ces 40.000 clichés qui seront immédiatement envoyés et que, dans l’instant, leurs destinataires pourront consulter sur écran, vous sembleront n’avoir nécessité aucune retouche.
Quelle erreur ! Car, par construction et du fait des contraintes physiques qui en découlent, les portables ne produiront leurs images chatoyantes qu’au terme des puissants calculs exigés par le traitement d’algorithmes d’une sophistication hors du commun. Aussi bien, du fait de la médiocrité des données générées par leurs capteurs, les images produites par ces appareils sont-elles les plus trafiquées de toutes… Mais la bidouille aura été faite à l’insu de l’utilisateur : ce sont les ingénieurs du fabricant qui s’en seront chargés en amont, en implémentant les puissants algorithmes qui dépossédent le photographe de ses prérogatives…Celles qui, justement, permettent de conférer à de simples images le vénérable statut de photographies.
(1) Lorsque j’ai besoin de grands tirages, je m’adresse à un laboratoire proche de mon domicile. Le tireur est une femme, mais j’hésite à féminiser le nom de son métier. Il est effectivement apparu à de beaux esprits que le féminin tireuse pouvait s’apprécier diversement.